RETOUR vers le  SOMMAIRE

 

Mi-juin, an II

 

EPILOGUE

 
Ce quintette demeurera, dans les brumes de son ivresse, marqué par l’incertain des contours de la vie.
La volonté demeure néanmoins dans son cœur. Serait-ce en titubant, IL franchira le pas. Quatre jours désormais, la mer n’est plus à boire. C’est ainsi qu’IL arrose, et qu’il arrose encore la trouée fantastique désormais à portée.
Une nuit d’hébétude encore vient de passer. Comme chaque matin la tête endolorie contraint ses membres gourds à fluidifier l’alcool imprégnant en osmose le sang qui bat les tempes.
Epouse qui le voit abasourdi de malt, qui met ces libations au compte de l’été, se réjouit cependant dans l’attente du plan que, sardoniquement, IL a conçu pour eux.
Puisqu’IL sait à l’avance, deus ex machina, qu’en automne à Pékin une autre inhalera les parfums de pivoine, il a organisé une fête grandiose où tous seront conviés. Les trois grâces, les garçons du bureau, Léchouille et sa moitié, Amoç et le secret dont IL lui fit partage, tout juste l’avant-veille, de son déterminé de revivre une vie.
Amoç est trop fidèle pour vouloir commenter.
Durant l’après-midi des aveux adultères, rien par lui de tenté qui puisse contredire la détermination, superbe, qu’IL affiche. Il brave le destin. IL va la retrouver, l’hétaïre grandiose, pour qui six mois plus tard il ose enfin agir, délaisser en gloriole une Epouse et des Filles, dont le seul vrai travers est de ne plus l’emporter en rêves de folie.
Amoç se tait le plus souvent, acquiesce quelques fois, confirme que l’amour doit primer sur le droit, explique que lui-même, s’il est célibataire, à quarante ans passés, c’est pour la raison même qu’il n’a pas su oser, lorsque l’occasion traversa devant lui, choisir de l’agripper aux cheveux, l’aventure qui avait perturbé l’ordre de sa maison. Souci imprescriptible de ne pas déroger aux règles de la caste sur le sous-continent.
Amoç qui de surcroît approuve ses projets de ne rien dévoiler à l’Epouse de l’heure. Eviter à tout prix l’effondrement local. Préserver l’apparence aux yeux des bien-pensants. Célébrer la soirée des au-revoir d’adieu.
Il avait donc trouvé chez lui mieux qu’un complice, un aval implicite aux voies de forfaiture.
L’ordonnancement retenu pour leur banquet de clôture était protocolaire. Le personnel irait un peu avant l’heure dite occuper le terrain du restaurant dansant, guinguette pékinoise avec karaoké.
Le choix était le sien: qu’Epouse puisse, une fois encore, chanter sans se soucier les refrains en chinois dont elle était si fière de les avoir appris.
IL partageait d’ailleurs sans gêne cette fierté. Non pas qu’il fredonnât, ses cordes l’en excluent. Plutôt pour la raison, dans ces temps paradoxes, qu’IL tirait une joie sincère mais cruelle, d’avoir pu s’attacher comme épouse, pérenne jusqu’ici, éphémère demain, mais de cela, schizophrène, IL ne se parlait pas, la seule femme au monde qu’il connût tant subtile, capable d’adapter ses pas aux voies nouvelles, suscitant à son tour l’amitié, le respect, de quiconque à l’abord ne distinguait en elle que l’accompagnatrice de lui, Grand Décideur.
Bref, cette épouse qu’IL admirait, il a souhaité ce soir par un rassemblement paisible, innocent pour chacun sauf pour Amoç et lui, la pourvoir une dernière fois d’occasion de briller de ces feux dont elle ignorerait qu’ils seraient ses ultimes en conjugalité.
Cette complexité, l’attentisme d’Amoç, le sentiment profond qu’il lui fallait un drame, sans lequel IL risquait de s’amollir encore, ô comme il eût voulu pouvoir puiser la force de se retrouver faible, et de se réveiller époux comme devant, mais c’est les foudres d’ELLE qu’il faudrait affronter, ELLE dont les signaux se font plus que pressants dans ces heures sans fin des veilles d’Assomption, cette complexité, l’attentisme d’Amoç, l’ont contraint à céder aux instincts destructeurs.
Le chauffeur vient de le déposer chez lui, chez eux.
Epouse est presque prête. Ses atours de soirée étalés sur le lit, elle chantonne pour s’échauffer la scie de la saison:
, , 阿阿阿, 阿阿
Ni wen, Wo ai, a a a a, a a ...
Jusqu’aux paroles qui l’agressent:
“ Je t’aime, tu sais, la-la-la-la, la-la ...”
Il lui faut riposter !
Epouse, chante, chante, car demain tu déchantes. Pourquoi donc, crois-tu, dis-moi, ai-je tant bu ces jours derniers ? Pourquoi, crois-tu, dis-moi, organiser ce soir ce piètre jamboree ? Pourquoi, crois-tu, dis-moi, n’ai-je pas jugé bon encore de la fournir, l’adresse de l’hôtel où je vais m’échapper, dimanche à Montréal ? Pourquoi, crois-tu, dis-moi, depuis tous ces longs mois jamais entre tes cuisses mon sexe n’a bougé ? Pourquoi, crois-tu. Dis- moi, le séjour chez Forez, l’isolement prétendu ? Pourquoi, crois-tu, dis moi...
Épouse a engrangé d’une oreille distraite les premiers borborygmes d’un mari sac à vin.
Elle a pris l’habitude, au fil des derniers jours, de son incohérence vespérale puis diurne. Puis cette même oreille soudain s’est redressée.
La mention de Forez, le retour des soupçons. Ainsi donc c’était cela, l’escapade stéphanoise. Tu l’as revue. Tu m’as menti. Je t’aurais pardonné !
Des larmes coulent un peu sur les joues pâlissantes.
IL enchaîne, pressé maintenant de conclure, une faena bâclée avant de porter l’estocade.
Oui, je t’ai menti. Pas seulement pour Forez, pas juste pour trois jours. Des mois que je te mens. Des mois que nos plans se peaufinent. Des siècles que j’attends ce moment délicieux. J’ai choisi. ELLE est là. ELLE m’espère. Nous sommes car nous fûmes, et demain nous serons.
Épouse a refusé de croire à l’impossible.
Épouse a balbutié: Tu mens. Tu mens encore. Tu veux me faire mal. Gratuite cruauté. Méchant, ivrogne et laid, même ELLE ne pourrait ainsi te supporter.
C’est alors qu’IL triomphe en inconscient Pyrrhus.
Il tapote des numéros, la joint à domicile, dit d’une voix aussi ferme qu’il peut: C’est moi. Je lui ai dit. Epouse ne veut pas nous croire. Je te la passe...
IL tend le combiné ou plutôt le projette. Épouse qui entend cette voix qui confirme, Épouse assommée qui s’effondre. Lui, encore plus honteux de se savoir confus, murmure au téléphone: Attends, je te rappelle.
IL raccroche sans hâte, entoure de ses bras l’épaule qui sanglote, assène sur un ton qu’il veut paterne et doux: Mais c’était à prévoir! De toutes façons, tu es jeune encore, la vie se refera. Cesse donc de pleurer, les autres nous attendent.
Réussis ta sortie, il n’y a plus d’entrée.
Épouse réagit comme seulement les femmes savent prendre sur elles dans les moments de deuil: Marchons, puisqu’il le faut, aux agapes finales ! Nous en reparlerons, crois-moi, dans la soirée.
Ils sortent donc, comme si de rien n’avait été. A peine s’ils ont pris du retard sur l’horaire. Tandis qu’Épouse en hâte se dérougit les yeux, IL a pu prévenir Amoç du tour nouveau que prenait l’aventure. Le mot sera passé aux collègues attablés. Ne pas attendre, faire semblant, surtout de la gaieté lors de leur arrivée.
Ils sont dix en suspens qui chipotent les mets lorsque apparaissent enfin les apôtres manquants. Amoç a rassemblé autour de sa houlette le ban même et l’arrière du bureau déconfit. Lapin seule manque à l’appel, lui évitant ainsi, l’avait-elle deviné, de soumettre à la question dans la même soirée deux des femmes de sa vie.
A peine ont-ils le temps de s’attabler que s’entament les rites du doublage vocal. Le Karaoké, tel qu’en Chine on l’affiche, représente la marque la plus sûre de dominance de l’Empire du Soleil levant sur celui du Milieu. Rares sont désormais les soirées mémorables, à Pékin, en Province, jusque dans les villages, où l’écran ne scintille de paroles multiples, accompagnées du son des bandes officielles. Qui n’a pu rencontrer, sur un vélo plateau, télévision, micro, platine, groupe électrogène sillonnant les décors délabrés des hu tongs, ne comprendra jamais l’engouement populaire.
Des postulants en nombre, inscrits bien à l’avance, se saisissent alors d’un ou plusieurs gueuloirs, pour annoner en cœur les rimes déferlantes des rythmes à la mode. Les autres cependant, ceux qui sont hors du chœur pour cette tranche là, applaudissent, martèlent, reprennent à l’unisson des vocalises fausses. Ils se rient bruyamment des trilles incertaines, quand ils n’enchaînent pas, sur la piste centrale, les entrechats d’usage face à l’écran géant.
Le ballet de ce soir fut réglé par Amoç.
Epouse ne connaîtra pas l’ombre du repos. Les cavaliers se pressent sans qu’elle puisse arrêter ses jambes qui autrement déroberaient d’un coup. Valses, tangos, chas-chas se succèdent. Les garçons ont l’honneur de la faire tourner chacun en succession. Le mot d’ordre est suivi, les rires soutenus.
Tout à coup retentissent les notes favorites: “Je t’aime, tu sais, la la la la, la la”. Lui qui appréhendait ce rappel musical de la scène indécente jouée il y a maintenant, quoi, une heure à peine, voit bien le vaciller d’une Epouse accablée par la réouverture d’une plaie si récente.
Il n’est pas seul pourtant à avoir deviné le séisme mortel affectant tout soudain leur apprentie colosse, celle dont l’assemblée admirait jusqu’ici le froid du sang gardé.
 Avant de s’effondrer, Epouse est soutenue sous chacun de ses coudes par jeunes mains locales pleines de compassion. C’est donc tout un quintette qui occupe la scène, pour chanter avec elle des paroles d’espoir.
Lui est resté de marbre durant tout ce prélude. IL aurait préféré, à tout prendre, le collapsus d’Épouse, dont la force vivante au contraire l’accable. Comment la justifier, à ces yeux qui te jugent, la torture infligée, si la victime feint, muette sous les pinces, d’avoir l’esprit serein dans la main du bourreau ?
Pour l’heure, IL sent un fond de remords dans son cœur, en écoutant la voix de l’Épouse qui monte, plus haut, plus fort, plus clair, au firmament chinois des notes de l’amour.
Déjà dans cette vie qu’il dénomme d’avant, IL se laissait surprendre aux charmes cristallins, lorsqu’elle paraissait aux rangs d’une chorale suisse du voisinage. Il regrettait pourtant qu’en raison de leur âge, canonique moyen, les donzelles du coin se soient vues engoncées par le maître de chapelle dans des atours de repoussoir. Douairière devenue du fait de ses compagnes, Epouse ne pouvait, lorsqu’ELLE est apparue, prétendre la jeunesse qu’ils avaient consommée.
Le refrain qui s’achève. La voix qui désassure. Épouse peut à peine refouler les sanglots qui entravent les notes d’une rime de trop. C’est à son tour d’aider en soutien de brancard. Il est largement temps d’abréger les souffrances.
Un coup d’œil vers Amoç, un hochement de tête. Le chauffeur apparaît, les guide vers ce qu’IL croit pouvoir être repos après l’effondrement.
Il avait méconnu les facultés d’Épouse.
L’agneau s’est transformé en louve de légende. Jusqu’au dernier moment Épouse combattra. Ce soir, elle est résolue, elle n’accepte pas. Puisqu’il doit y avoir risque d’usurpatrice, qu’au moins la transition soit cruelle et violente.
Alors qu’IL s’affalait en douzième whisky, ne pouvant ni souhaitant parler ou justifier, Épouse s’est levée, ses forces revenues, du fauteuil où l’effort de paraître ce soir l’avait fait s’écrouler aussitôt leur retour. Ses pas en trébuchant la mènent vers la chambre.
Lui se réjouit déjà des cachets avalés, du sommeil de l’oubli de son corps accablé. Il pourra sans dommage s’enfouir, comme ELLE le fera en fin de leur ensemble, sous une couette dont l’éloignement estival d’Aînée et de Cadette lui aura ménagé accès d’impunité.
Épouse cependant s’en revient affronter la bedaine insolente de l’ivrogne béat.
 “Tu le croyais vraiment, que tu pourrais ainsi, patelin, bonne conscience, non seulement m’humilier, m’accabler, me tromper, mais en plus me quitter comme si de rien n’était ?
Le châtiment viendra, je le sais, j’en suis sûre. Mais c’est dès aujourd’hui, je le veux, je le puis, que tu en souffriras, des morts que tu m’infliges.
Alors voilà, que tu le saches, rien ne sert de chercher. Ton passeport, le sésame vers ta traînée, et bien, tu ne l’as plus !”
IL s’encourt affolé vers la niche où repose, depuis les quelques mois de son dernier transit hors des bordures de Chine, le précieux document sans lequel, IL le sait bien, hélas, jamais il ne pourra joindre aux heures, au lieu prévus celle qui désormais meuble tout l’horizon, dérisoire, d’un conte qu’IL s’obstine à nommer leur histoire.
C’est alors à son tour d’héberger la folie. La rage entre ses mains polarise, puis explose. Comme IL ne sait pourtant en asséner des coups, les battoirs se concentrent sur chaque rayonnage. Méthodique il abat les rangées des ouvrages accumulés au fil de soirées de lecture, où peut-être l’Épouse aura dissimulé le rectangle sauveur du permis de s’enfuir.
A deux cents les volumes jonchent le carrelage. IL piétine en hurlant les textes qu’on révère. Les reliures qui craquent, les pages qui déchirent. Épouse laisse commettre l’holocauste des livres.
Le jeu de destruction tout de même se lasse. Comme IL reprend, hagard, son souffle d’inutile, rien de dissimulé dans les bibliothèques, Épouse tout soudain décide de céder.
Puisque rien ne l’ébranle, puisqu’IL veut s’obstiner, puisque le symbolique de la culture à terre témoigne sa fureur à la détruire aussi, Épouse lui rendra son visa de sortie. Une condition seulement, qu’avant de disparaître IL nettoie l’écurie.
Comme lui ne saurait désormais se fier aux offres trop candides de l’Épouse blessée, IL exige un témoin. Amoç sera celui par qui la paix revient.
Amoç est arrivé comme un vent de zéphyr. Sa présence assagit le concert de la haine. A peine le dernier de la rangée des poches a-t-il repris sa place face contre le mur de la chambre, qu’Épouse lui remet le passeport sacré, lové pour tout ce temps sous le creux de ses reins.
Amoç l’a constaté, le constat est rempli.
Il ne peut que laisser les conjoints de naguère. C’est un peu d’inquiétude qui s’engouffre pourtant lorsque la porte claque au départ médiateur.
 Que faire maintenant ? Ils se sont trop battus, se sont tant déchirés. Il lui faut désormais acter sur la rupture, engouffrer dans un bagage d’exil les oripeaux requis pour vivre son ailleurs.
IL s’affaire à boucler la deuxième valise. Épouse dans son dos le contemple, muette. Il s’agenouille sur un couvercle trop bombé. A peine les fermoirs ont-ils bien voulu jouer, que l’ire passionnée reprend l’être blessé. Comme Épouse domine la nuque encore penchée de celui qui s’apprête à saisir la poignée, tout prestement sa main agrippe les lunettes sans lesquelles ses pas ne le mèneraient guère. Car ce héros, Lecteur, bourreau replet de cœurs à prendre, est plus myope que taupe, il te l’avait caché !
Épouse a cru porter un nouveau coup fatal.
La tactique chez elle semble être dilatoire, retarder au plus loin le moment sans retour, espérer sans y croire la pause dans la haine, donner un peu de temps pour retrouver raison, pour leur sauvegarder ce qu’ils pourraient sauver.
Mais cette fois Épouse sous-estimait la force de son désir de fuir l’âpreté de la lutte. IL saura voyager sans ses quadruples yeux. Trente ans les yeux plissés quand il est sans bésicles l’ont habitué au flou d’un monde virtuel. Il saura tâtonner même valises aux poings.
Cette fois, IL n’a pas même cherché à exiger d’Épouse qu’elle lui restitue l’objet subtilisé.
C’est donc la tête haute mais le pied hésitant qu’à son tour IL s’extirpe de leur appartement pour la nuit de Pékin. Épouse a bien compris que sa force était vaine. Non, plus le moindre geste pour le tenir encore.
Épouse est hébétée, reste les branches aux doigts, lunettes dérisoires qui le voient s’éloigner, lui qui distingue à peine, par habitude, les marches et la rampe, pose un pas sur deux son bagage trop lourd, titube en vingt minutes vers un hôtel lointain à peine de cent mètres, évite par hasard l’écrasement nocturne en traversant la rue striée de véhicules, dans le halo doppler de phares innombrables.
Pandémonium d’alcool, de cécité, d’adrénaline, le porteur de valises obtient l’hébergement. Nul ne s’étonne, autour de ce comptoir déserté par la nuit, que ce long nez hirsute s’approche de si près pour remplir une fiche. Nul ne s’étonne qu’un si haut diplomate ait à chercher refuge deux encablures au plus du quartier d’ambassades. Nul ne s’étonne qu’IL trébuche deux fois en montant les trois marches du couloir vers les chambres.
Le Chinois, s’il n’était par nature si policé, hausserait tant l’épaule devant l’incompréhensible conduite des diables étrangers, s’il lui fallait vraiment s’occuper de leurs gestes, qu’il a depuis longtemps cessé d’interroger.
Le voici donc qui navigue, valises balancier maintenant l’équilibre, vers le bout du couloir qui lui fut assigné.
Il s’apprête à pester contre cette distance, rien ce soir n’aura épargné l’avinement de sa carcasse, quand un murmure croît du fond de la pénombre. Pas le réprobateur, qui heurterait son dos. C’est là, ça vient du fond, de derrière une porte.
Le murmure s’étoffe. Le murmure est un cri, comme un sanglot de joie. Une femme est ici, dans une chambre proche, qui se donne à l’amour avec un compagnon.
Alors, première fois au moins depuis des siècles, IL se sourit à nouveau. Les augures sont bonnes. Bientôt, bientôt, ses cris à elle empliront les parages où lui se revivra.
*
* *
Le reste de l’histoire se tient en quelques phrases.
La masse qui s’endort sur le lit de hasard. Les lunettes reprises, avec d’autres effets, en lendemain de drame. Épouse sanglotait, lorsqu’IL est reparu, enfouie sous un drap qui fleurait le linceul. Outrecuidant de voir, les verres étaient posés sur le chevet du lit, IL tourne les talons sans même un grognement, tapote désinvolte le crâne qui dépasse.
Ce fut le seul adieu à celle qu’il effondra.
Amoç lui a remis son billet de départ, discrètement l’a mené jusqu’à l’aéroport. Entre-temps la Tigresse vint lui feuler autour. IL l’avait appelée comme on siffle son chien, convoquer son Lapin même lui n’osa pas. Ils ont mangé des fruits. Il voulait simplement une présence pour oublier de boire.
La porte du salut s’ouvre enfin devant lui, l’avion est là. Dans neuf heures, à Francfort, c’est dans ses bras à elle qu’IL pourra s’avachir.
Sans vergogne ....

   RETOUR vers le  SOMMAIRE