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Début août, an II

 CONTINENTALES
 
Avant qu’IL ne la laisse ainsi en délivrance, portes d’aéroport de Pékin, lui restituer la vie qu’il croyait envoûtée, l’Europe avait vécu de grands moments de gloire.
Trois mois de justes noces les auront transportés par trois des continents.
Lecteur, tu viens de rencontrer les migrateurs exsangues. Lui demeure cloué aux solives de Chine, alors que son envol la mène vers le port.
L’escale européenne ne fut que trait d’union entre cieux d’Amérique et bleu de porcelaine. IL se dit maintenant que la halte fut brève, qu’elle ne permit pas de nouer assez profond des racines pour arrimer une si jeune pousse, exposée aux tempêtes balayant le plateau continental de Finistère en Sakhaline.
Le sol noir était riche, l’humus en abondance, même au fond de leur pot on sentait la rocaille. Il manquait cependant la durée, qui seule permet l’ancrage. leur plante bien trop vite était montée en graine...
*
* *
Le retour sur Genève fut marche triomphale. Ils avaient consommé leurs noces algonquines, départ vers la mousson ne perçait pas la brume.
En déboulé d'aéroport, tôt encore le matin échancre le Léman, ils doivent se hâter vers la Maison Commune. ELLE y officiera, prêtresse inter pares. La pourpre lui en avait été transmise par ses soins, lors de son départ pour Pékin, en octobre de l'an I.
Aujourd'hui la grand messe est semi Te Deum. Défaite fut évitée en négociations américaines. Le temps, précieux ingrédient, fut gagné à force d’opiniâtreté. Une année reste donc pour ériger barricades morales, qui éviteront submersion annoncée par des flux rétrogrades. Tu l'auras deviné, Lecteur, il s'agit là du compte rendu d'un mandat syndical. La suite, qui interviendra en juillet de l'an III, un précédent chapitre l'a déjà évoquée.
Donc, au déboucher d'avion, ELLE et lui se sont rués vers local de fonctions officielles. C'est la première fois qu'ensemble ils abordent ces lieux depuis plus de huit mois de leur séparation résidentielle. Ce lui est clin d’œil primesautier que de la voir, prestement, s'extirper des nippes de voyage, éclair de chair entrevu, pour aussitôt enfourrer la robe sage et noire qui sied aux assises qu'ELLE doit présider. A peine acoquinantes sont les deux boutonnières autorisant jeu du genou et du bas de la cuisse, la première closure il est vrai a sauté il y a lurette, incapable d’accommoder la longueur de son pas.
Lui, en ces circonstances, est acteur du commun. IL n'aura pas accès aux lustres du pinacle, il peut donc conserver vêture de transhumance.
Quand ELLE entre la salle, par porte dérobée, collègues assemblés, ils sont presque légion pour cet étiage de mi-été, l'accueillent en bravos. Ils avaient, par propagande sage, à l'avance été informés du succès, relatif, de leur lutte.
Tandis que lui aussi applaudit, cérémonial, IL regarde attendri la silhouette lointaine qui, devant le micro, comme si de rien n'avait été, comme si sa vie était demeurée immune au cours des semaines précédentes, comme si ELLE n'avait trouvé au même moment ami, amant, camarade et mari, imperturbable symbole de son désir, parangon de fierté, mais de cela IL ne se rendra compte que plus tard, déclare ouverte une séance pour lui inaugurale de leur indéfectible union, enfin reconnue sur la patrie d'Europe.
Débats ont confirmé sa maîtrise des foules.
A peine eut il besoin, en routier exercé, de relancer une fois ou deux la machine ronronnante de supporters blasés, tranchant des querelles byzantines au fil du gros bon sens dont IL sait faire usage pour forcer les décisions.
Même s'IL a renoncé, son prestige pourtant l'y eût autorisé, à proclamer ici, publiquement, la fusion de leurs âmes, il suffisait alors de faire allusion à la nuit commune où ils viennent de franchir l'Atlantique, au dernier moment une sorte de pudeur, ou bien était-ce prescience des faillites à venir, l'a tiré par le coude, chacun ici, IL le devine, IL le souhaite, comprend que leurs deux corps désormais sont soudés.
La séance levée, c'est lui qui va vers ELLE. S'ils ne s'embrassent pas, ils se baisent des yeux. C'est en doigts emmêlés qu'ils quittent l'amphithéâtre.
Epouse qui savait la séance annoncée, elle a toujours gardé espions dans le sérail, apprendra, depuis la Bretagne qui l'abrite, qu'ELLE et lui se sont, ce jour, exhibés.
Ovations plébéiennes et traversée nocturne affament les héros.
Comme ils souhaitent partage pour leur bonheur nouveau, ils se retrouvent trois au restaurant de la Maison Commune. Le larron de surcroît est celui qui, en novembre de cendres, l'hébergera pour un week-end. En autre retour de New York, l'an III, il détaillera des carrelages. En euphorie jurassienne, il manquera avec lui tel lever de rideau.
Faut il dès maintenant le dénommer, ce compagnon d'intermittence ? Son éponyme est preux chevalier, il l'appellera Georges.
Georges est débarqué en Maison Commune par chemin de traverse. D'abord il a vogué sur marine française, celle qui porte pompon. Puis il s'est engagé dans la classe ouvrière, le bois était son lot. Par raisons de chômage et puis de parentèle, Georges s'est approché de Genève. Il s'y est initié aux rites du clavier.
Georges était secrétaire, syndical, sûr de lui car inquiet de nature. Aussi réussit-il à regorger de talent, à s'imposer comme conscience agissante au troupeau de brebis où il était mêlé. C'était toute première fois que le pool de Maison Commune trayait le lait d'un mâle francophone.
Prophète en son pays, Georges devait gravir les échelons de la gloire. Il monta, mais à peine fut-il juché sur le podium, que des boutoirs ovins en ébranlaient les bases. Machisme à rebours, comment te nomme t on ? Georges aura bien du mal à préserver son assise.
Ils partagent avec Georges repas de leur jouissance. Tous trois fêtent ici la conjoncture du siècle. Ils avaient survécu la fracture de l'an I, alors délibérée. Georges avait cru en eux, lorsqu'ils le mirent en confidence, abstinence décrétée. Fusion consommée, leurs chairs fument encore des lèvres rapprochées, cicatrice est si belle à voir en ce midi de fin juillet.
Ils ont mangé, et bu à leur amours. Lui ne sait toujours pas, lorsque déglutit Georges, si les mets vont bien droit. Car IL a eu l'écho, de langue autorisée, des désirs mi-secrets que l'autre éprouve par saccades.
ELLE et Georges seraient couple possible, mais bien plus qu'éphémère. Parfois, cependant, quand IL les a pensés, lubie lui est venue de tenter le Diable par cette brèche. Peut être est-ce pour cela que Georges est associé à tant de leurs passages. L'ironie du destin ainsi est étrangère aux multiples rencontres de leur trio disparate.
Aujourd'hui cependant pas d'ambigu, pas plus du moins qu'à l'ordinaire. Complice bienveillant les mène vers SaintJean. ELLE doit en effet là bas récupérer et son automobile, et les clefs du logis sous loué durant l'absence à couple en villégiature dans ces parages, souci économique et de garde féline.
Georges les abandonne à l'ombre du Jura.
Le couple hôte, slave avec deux enfants, n'avait prévu son retour que pour le lendemain. ELLE ne peut sonner pour eux cloche de bois. A peine arrivés au bercail, ils s'exileront donc. ELLE et lui dormiront une nuit à l'hôtel, celui, réminiscence, où IL hébergera Epouse et chien dans à peu près douze mois, mi juillet de l'an III.
Avant que de partir, ELLE, organisée, laisse en gage aux colombes de l'Est numéro où la joindre pour cas, improbable, d'urgence.
Ce faisant ELLE brisait, en naïve inconscience, la gangue de quiétude où ils s'étaient terrés. A peine, recrues de la fatigue, ont ils rejoint le sommier de leurs noces françaises, que téléphone sonne.
ELLE décroche, plisse son nez, lui tend le combiné: C'est pour toi.
Lui ne s'attendait pas au gémir conjugal. Ayant appris grâce à contacts indiscrets, fidélités obligent, leur retour en Europe, Epouse vient d'obtenir par volapuk que Saint Jean livre ses secrets.
Elle veut donc le clamer, à lui qui s'endormait en béatitude paisible d'un passé aboli: Tu ne saurais continuer de t'abstraire, même si tu as choisi la soue d'une gourgandine. Le temps des folies est révolu. La souffrance et la honte de notre départ de Chine a bien eu lieu. Maintenant les enfants ont faim. L'avenir est à prévoir. Même si jamais je ne divorcerai, échéances arrivent, décisions sont à prendre. Quand viens-tu, mécréant, expier tes péchés ?
Tout au rose nacré de ses rêves de l'heure, IL ne se sent pas prêt pour de telles arguties. IL demande du temps: Rendez vous furent pris en la Maison Commune, l'avenir en dépend.
Avenir ? Quel avenir ? Le tien sans doute, celui de ta putain ! Ne comprends donc tu pas que cela m'indiffère, non, ne m'indiffère pas, que cela m'exaspère, tu parles d'avenir, je n'ai même plus de passé...
Maintenant, demain, viens nous rejoindre, viens affronter mon père, les yeux de tes enfants. Epouse, sanglotant, lui passe le beau-père. L'homme, bon sens et bonté, ne comprend pas, lui dit: Es-tu devenu fou ? Lui, toujours imbu de certitude de joie, répond que certes pas.
IL raccroche, embrasse celle qui désormais est sa vie, lui affirme: Ce n'est rien, ce n'est que l'autre, et téléphone mugit à nouveau. Comme abasourdie par cette passe d'armes électronique, ELLE s'éclipse en coin de pièce. IL a peur du bonheur enfui, IL sent par la croisée qu'ils ont laissée ouverte pour aérer leur sieste des brises inamicales effleurer le nuage où ils se sont assis.
Alors, très vite, pour en finir, IL promet à l'Epouse sa venue en Bretagne aussi proche qu'il peut. Dès demain il confirme. Ce soir IL ne saurait faire mieux, il faut réarranger le carnet de son bal avec Maison Commune. L'autre, l'Epouse, feint d'accepter, IL raccroche à nouveau.
Quand IL va pour étreindre celle qu'il sent troublée, le grelot se remet à tinter. Alors, en désespoir, IL arrache la prise qui pourrait les relier aux larmes familiales. Georges n'y est pour rien, mais c'est pour lui sentiment de terrasser ainsi un dragon immortel. Radieuse de certitude reconquise, ELLE bat des mains, l'embrasse, et puis IL dit: Sortons, allons dîner. C'est ce qu'ils firent.
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Il lui restait en gros une semaine, avant que de devoir aller battre sa coulpe sous cieux de Botherel.
D'abord IL parcourut couloirs en la Maison Commune, grappillant ça et là certitude amicale, en dépit de hiérarchique. S'il s'avérait que leur destin ne pouvait en terre de Chine se dénouer, le Canton de Genève leur offrirait abri.
Epouse avait auparavant, glaive manié de taille plus que d'estoc, tranché toutes parois de verre lorsque, par force des choses, il lui fallut affronter répudiation sans frais. Nul ou presque n'ignorait le délicat de la situation. Chacun ou presque offrait cependant une aide d'autant moins intéressée, que ni ELLE ni lui ne savaient alors quel secours il leur faudrait solliciter.
Car il fait toujours beau, en été genevois.
Ils se sont installés sur les hauts de Saint Jean. Lui s'est pris à tenter ces tâches qu'IL méprise, comme de repasser liquettes et costumes, tandis qu'ELLE s'effraie, maniant aspirateur.
Les échecs domestiques suscitent toutefois rapide inversement des rôles. En quelques minutes, sont-elles dix ou treize, s'IL n'a pas imprimé la marque du carbone sur tel de ses effets, c'est simplement parce qu'après le valet, le fer et sa vapeur ont chu sur carrelage, IL s'était empêtré dans les fils et les pieds.
Désormais ELLE repasse, IL leur refait le lit, époussette au hasard, balaye les moutons et abreuve le chat.
Ce chat est une chatte. Agathe fut cadeau lorsqu'ELLE signa le bail, moins d'une année plus tôt, pour entrer en ces lieux qui maintenant sont leurs. IL ne sait pas pourquoi, tout aujourd'hui encore il préserve en sa rate un vieux fond d'amitié pour le félin qui le reconnaissait, qui toujours revenait après absences d'ELLE, jusqu'à ce que le choque l'incongruité d'une présence qui n'était pas la sienne, IL parle alors de soi.
Frédéric, mais que ton ombre est grande !
Par delà le ménage, IL s'affaire en cuistance. Au contraire de ce qu'il adviendra d'ici quelques semaines, IL se montre ces jours précis, attentionné, efficace.
L'agencement des lieux facilite peut être son activisme culinaire. Alors qu'en appartement pékinois, fourneaux sont éloignés des aîtres de séjour, en auberge gessienne la cuisine et la table partagent même espace. IL ne peut donc la voir s'affairer sans agir. Mémorable pour lui est repas pour lequel il sut incorporer roquefort au ketchup, IL personnalisait jusqu'au guacamole. Le couple d'invités y trempa avec délices non feints l'émincé de carotte et chou-fleur apéritif qu'idolâtrent les palais anglophones.
Premier dimanche après l’atterrissage, ils se sont rendus au marché, village voisin.
Arrivé sur la place, il se fait déjà tard, la foule est clairsemée. IL constate aussitôt que beaucoup de chalands pourraient le reconnaître, qu'ils savent la vraie vie, celle de l'existence d'avant ELLE, celle où avec l'Epouse en chaque samedi ils fréquentaient les étals. C'était une autre bourgade, mais les marchands transitent.
IL ne veut pas reculer face au risque d'esclandre. Puisqu'eux deux sont ensemble, ELLE et lui en radieux, que Diable peut il craindre ? IL lui serre la main, ELLE sans remarquer le soudain du crocher répond à la pression.
Bravement IL affronte le B.O.F. d'usage. Ce dernier le salue, mais ne s'étonne pas du changement de compagne. La feinte indifférence, accompagnée de battements de cils trahissant cependant l'attention portée au regain de l’amour, se renouvellera en chaque occasion, qu'ils achètent la viande ou bien tickets d'avion. Cela éclairera amitiés mercantiles, le devoir de réserve s'étend bien au-delà du cercle militaire.
Papillon est choisi, tomme déjà pesée, le reblochon frémit sous coutelas crémier. Mais ils se rendent compte qu'à leurs côtés emplettes sont commises par une connaissance de la Maison Commune, collègue d'ELLE presque directe, par lui naguère fréquentée en travers syndical.
Coïncidence s'exclame joyeusement et se fond en babil. Collègue, si elle note les marques sur leurs phalanges que l'instinct a crispées, l'accoutumance au public leur fait encore défaut, ne s'en inquiète pas.
Les voici donc conviés, en franquette optimale, à rejoindre gril de jardin qui rougit dans les parages. Rendez vous est pris: D'ici trois quarts d'une heure, à vous revoir chez nous.
Ils courent mettre au frais butin dominical. Le moteur vrombissait en rampe de départ, quand ELLE découvrit, en innocence, sa coupable ignorance du siège du festin. Ses souvenirs, déjà relativement lointains, lui dictent voie ferrée, haie à feuilles persistantes, montée en douce pente et villa isolée qui confronte le Lac.
Riant par avance à leur incertitude, ils empruntent des routes alternatives. Il est juste, il est bon, Lecteur, de souligner que, s'ils se sont perdus, et c'est vrai qu'ils le furent, aucun courroux alors n'a irrité leur glotte.
Tardivement mais saufs, ils ont échoué au havre.
Lui, qui grandit enserré entre murs citadins, s'esbaudit en silence aux splendeurs de l'accueil. La haie n'était que prélude. IL contemple villa, pelouse et puis piscine. Autour de la grillade s'affairent en simple joie père quinquagénaire, filles en floraison, amis de fils ou amants de la sœur, collègue ayant troqué stricte tenue de la Maison Commune pour bikini allègre où s'exhibent, sans retenue, les formes replètes de la mère comblée.
IL contemple et jalouse. En fait, IL ne sait ce qu'il jalouse.
Est ce foyer tant ostensible et stable, est-ce beauté des filles accueillant leurs amants, est ce cadre grandiose en Genevois paisible, est ce l'espoir enfui de pouvoir paterner, quand IL grisonnera à l'instar de leur hôte, mignardes d'un âge tel que leurs amies sauront l'émouvoir, rupture d'avec l'Epouse bannit concupiscence ?
Est ce le plonger d'ELLE, le laissant sur la marge du bassin, ses rondeurs l'inhibent trop pour qu'IL porte maillot. ELLE qui nage ici, sous ses yeux, IL ne peut la rejoindre. Cette onde les sépare, cette onde que jadis IL pouvait mieux que fendre, celle où maintenant il n'ose s'immerger, de peur qu'elle ne s'esclaffe à toucher son volume.
IL ne peut la rejoindre, alors il se rend compte, quelque amour qu'ils se portent, la différence demeure, et ELLE s'accroîtra. IL avait résolu, en septembre de l'an III, ELLE s'en était réjouie, de tenter de combler au moins semblable brèche, ensemble ils nageraient dès la prochaine fois. Celle-là ne fut pas.
Ils connurent ces jours la vie sociale qu'ils se forgeaient.
Un soir, un samedi, Tannen et son époux les devaient visiter. ELLE avait proposé voie de difficulté, cuisiner au logis pour le bec fin des hôtes, un succès antérieur venait de l'enhardir, IL s'était délecté aux mets qu'ELLE proposait.
Lui sent un peu de ses nerfs lui effleurer la peau, au penser d'accueillir en nouvelle compagne, en nouvelle demeure, un couple si intimement lié au passé conjugal.
Il faudra que tout blinque, pour éblouir la gêne qui pourrait envahir le balcon de Saint Jean lorsque soupirera le fantôme rôdant, chacun en aura conscience, autour de leur table commune.
Toutes les premières heures de la matinée, ELLE, cependant, demeure imperturbable. Depuis qu'ils sont ensemble chair et sang devenus, IL se lève d'ailleurs sinon aux aurores, du moins avant midi, pour profiter au mieux de leur humanité, bestialité d'alcôve ne saurait leur suffire.
Ils ont dressé les plans, fignolé le menu, sélectionné les vins, émincé les légumes et mitonné les sauces. Olives sont légion en bols apéritifs, même le sabayon s'endort dans le freezer. Ses yeux qui ont pleuré à dénuder l'oignon enfin sont dérougis, treize heures seulement viennent de résonner.
La crispation d'attente se met à les étreindre.
Il leur faut s'aérer. Ils partent donc en escapade, comme toute famille en sainte fin de semaine, cheminent tout au long des gorges du Lignon, ru à vocation torrentielle en parages gessiens, ne cueillent pas de fleurs car ils respectent la nature, sauvent de la noyade une mouche imprudente, applaudissent aux ébats de chiens dans l'eau glacée, s'égarent quelque peu entre les papiers gras qui jalonnent sentiers de flânerie, le soleil décline enfin.
Il est temps de regagner logis pour s'apprêter au recevoir symbole, leur couple inauguré sur l'autel d'une amitié pérenne et, croit-il, transmissible.
IL doit à l'authentique de ne rien rapporter, car rien, en somme, n'est à retenir de ce dîner, sinon qu'il fut.
Le repas était gai, les mets simples et délicats, les vins frappés comme il fallait. Langues allaient bon train, de la musique douce par les baies grandes ouvertes envahissait le balcon et la plaine à leurs pieds.
Tout roulait, nul grincement en la machinerie. Pourtant, lorsqu'amis, désormais c'est ainsi que leur couple peut appeler celui de Tannen, prennent congé, il est déjà fort tard, la mi nuit est sonnée, IL reconnaît entre ses côtes le pincement du manque.
C'était bien, c'était parfait, mais ce n'était pas ça.
Avant, IL aurait lutiné Tannen tandis que l'Epouse, doctement, entretiendrait l'époux des mérites de la méthode globale de lecture transposée aux besoins de la chimie organique. Ensuite, l'Epouse et puis Tannen auraient valsé en diable au corps, tandis qu'avec l'ami, ivrognes pentus, sentencieusement ils débattraient de la manne salariale prodiguée par la Maison Commune.
Avant, sous le regard complice d'une nappe trop longue, les orteils de Tannen auraient, furtivement, attouché son genou, tandis que de sa main IL lui effleurerait la bordure d'une cuisse, en s'étonnant parfois d'un toucher bien trop ferme, alors IL constaterait comme il est difficile d'émoustiller un pied de table.
Avant, tous quatre ils auraient bu au coucher des étoiles, et l'aube aurait blanchi sans qu'ils soient séparés, car ils n'auraient pas eu vouloir de se quitter...
C'est donc avec un fond, un petit fond, de nostalgie qu'IL emplit ventre d'ELLE d'une verge mélancolique, mais rigide.
Dîner avec Tannen était pourtant succès social.
Comme IL avait gagné le toss, ses amis à lui étant premiers invités parmi les cohortes de Maison Commune, ELLE suggère qu'en fois prochaine leur hôte soit un de ses propres féaux.
Pour celui là cependant, qu'ELLE lui a décrit comme homosexuel intrinsèque, à savoir l'un de ceux qui n'affichent pas partenaire tant que la vie ne les a pas stabilisés, ELLE ne souhaite pas risquer erreur toujours possible en repas de maison. Ils ont donc concerté, et retenu table pour trois en terrasse surplombant le Rhône.
Vingt heures sont celles du rendez-vous, villa de Saint Jean. L'invité, celui qu'ELLE a choisi comme premier témoin actif de son acoquinage, est ponctuel.
C'est lui qui va ouvrir. Il s'est précipité pour la dessaisir de ce privilège, et ELLE en est, muettement, d'accord: c'est à lui, puisqu'ils sont un désormais, de recevoir en ces lieux amis qui furent d'ELLE, doivent devenir leurs.
IL avait rarement croisé, au hasard des couloirs de la Maison Commune, ce commensal d'un soir. Alors qu'ELLE, protocolaire, se retire en chambre pour endosser parure de fête, les deux hommes initient connaissance.
Lui s'est juché sur un tabouret, dos au bar dont les boiseries ont donné lieu à âpre marchandage avec son mari d'alors, en été de l'an I, lorsqu'ELLE a signifié son désir de partage et son droit au partir. IL met donc du symbole en occupant le meuble. Dominant le comptoir IL la possède elle, au travers cet objet qu'ELLE voulut conserver. Ce faisant, il montre à l'hôte vespéral quel est le plantigrade qui, désormais, ensemence ici bas.
L'autre, d'ailleurs, ne s'en étonne pas. Il a déjà, visiblement, bien fréquenté les lieux, depuis qu'ELLE y entra à peine un an plus tôt. Sans doute même en est il plus familier que lui, qui sert maintenant breuvages apéritifs. L'alter ego est sans alcool immédiat, mais d'emblée simple et droit.
Couple est en formation. Il l'admet, le conçoit, ne le dénigre pas, non plus ne s'en émeut.
Cet homme, IL s'en souvient alors, avait une première fois traversé leur parcours, dans les chaleurs de l'an I. IL lui avait su gré de son absence de questions. Il reviendra, croit il, dans le sillage d'ELLE au courant de l'an III.
Là aussi, il lui semble se souvenir qu'il ne fut pas de ceux cherchant à la raisonner, c'est à dire de ceux qui, au fil de longs débats à morale sentencieuse et sociale où, en certaine compagnie, ELLE se complaît trop souvent à son gré, lorsque raisonner creux l'emporte sur l'amour et l'instinctif, au détriment même du possible de vivre en explosion de nature, ceux qui, donc, explicitaient la déchéance annoncée de leur commun devenir, sycophantes redondants, les oreilles déjà lui tintaient au bruit des pas de Frédéric.
IL ne sait pas, bien sûr, si leur hôte lui demeura fidèle, lors du plonger dément en fosses abyssales. Il le souhaite pourtant. IL le veut simplement imaginer ainsi, en mémoires diaprées de cette soirée là.
ELLE est prête et sublime, ils peuvent s'embarquer.
Accueil en restaurant on ne peut plus courtois. Ils avaient réservé table sur le balcon, to the happy few. Propriétaires et garçon se souviennent de lui, impasse est faite sur l'Epouse, après tout leur triade autorise l'oubli.
Les mets sont commandés, les deux hommes papotent. L'autre est en veille de grand départ. Maison Commune le propulse en Afrique. Maison Commune sait aussi le désir de servir qui l'habite, Maison Commune ratiocine par conséquent sur les avantages. Ils échangent expériences, c’est lui qui prodigue des conseils à incidence contractuelle.
Mais tout en prodiguant, IL l'envisage en coin de l’œil. ELLE ne prend guère part aux échanges de l'heure. Il la voit qui chipote sur foie gras et morilles, à peine a-t-elle touché verre de Saint Amour. Soudain ses traits se crispent en faciès de douleur.
ELLE s'excuse un moment. Leur silence qui l'attend. Quand ELLE se rassoit, elle pâlit à nouveau, ELLE souffre de douleurs, intenables, au ventre, mais elle leur sourit, et dit: On verra bien.
Lui alors consulte silencieusement son voisin de table. Comme IL voit de l'inquiet dans le regard de l'autre, à son tour IL s'absente, encombre la cuisine où il trouve Chef des Lieux, explique l'abdomen, leur départ imminent, règle avec même largesse le pris et l'attendu.
Quand IL rejoint la table, expose leur possible départ, il voit par la grimace qui tente de sourire qu'ELLE le remercie de comprendre ses affres.
Ils s'enfournent tous trois précipitamment en véhicule, première étape devra être Saint Jean, l'autre a parqué là bas.
Visiblement, celui-là ne se sent pas d'attaque pour prolonger la soirée écourtée en tournée hospitalière. Nul d'ailleurs ne le lui demande. Il baise mains de souffrance, et s'évanouit dans la nuit étoilée.
Les voici deux à nouveau, mais l'un d'entre eux qui souffre, et l'autre qui s'affole. IL suggère: Fonçons vers l'hôpital, qu'ils te traitent, te soignent, te ramènent vers moi, te rendent à la vie, même s'il leur faut couper en travers de ta chair...
ELLE, cependant, refuse cette alarme. Cela passera, que je m'allonge un peu et le mal s'enfuira, mais nulle fois, dans le passé, pareille crampe, si longue et persistante, je ne l'ai endurée.
Lui alors reprend ses sens, et c'est lui qu'IL admire.
Occupant téléphone, IL tance les pompiers, admoneste les gendarmes, jusqu'à ce que sésame enfin lui soit remis, numéro d'appel du médecin de garde. Il n'est pas recommandé, lui apparaît il en ces instants, de défaillir de nuit en lointaine campagne. Lorsqu' IL parvient à joindre la voix salvatrice, il explique à la hâte l'endroit où ils se trouvent. Jamais IL ne fut clair en description de lieux, alors il attendra demi-heure sinon plus l'arrivée d'Hippocrate.
Docteur est sans doute accoutumé aux paniques concubines de la milieu de nuit, quand elles surviennent en cœur de rural gessien, peuplé de citadins en perte de repères. Elle, car c'est d'une femme qu'il s'agit, a donc recommandé maintien des lumières extérieures pour la guider dans sa progression.
C'est sous lampe d'insectes qu'IL attend sa venue en cigarettes nerveuses. Lorsque le médecin paraît, relève, sans acrimonie mais avec lassitude, l'imprécision de l'itinéraire, IL l'a de suite reconnue. Celle qui soignera l'Epouse du mal fait en l'an I, celle aussi qui le traita en désespoir asthmatique, une nuit bien avant, ce soir ne s'attarde pas sur son visage. Souci de l'heure est de visiter la gisante. IL l'a abandonnée, quelques minutes plus tôt, yeux clos, geignant un peu. IL ne pouvait à la fois serrer sa main entre doigts de l'amour, et maintenir son poste à la vigie.
Le docteur dans la chambre, IL entre la cuisine, peut se servir le verre du réconfort. Les responsabilités ont été transférées, la compétence est là.
Quinze minutes à peine ont suffi au diagnostic. Contracture abdominale, rien de sérieux, analgésique léger, cela est presque déjà passé, aller voir radiologue, et puis gynécologue, diagnostic sera plus pointu, oui, Madame m'a réglé honoraires de nuit, à vous revoir, Monsieur, et tout de bon.
Le miracle s'est donc évanoui plus vite qu'il n'était survenu. Lorsque IL va la rejoindre, ELLE pétille à nouveau. La visite à son chevet l'a tirée des langueurs spasmodiques. ELLE a tout oublié des craintes et des angoisses, ELLE se souvient à peine qu'un docteur est venu, il leur est possible de reprendre le cours de la vie interrompue.
IL ne sait toujours pas la cause de ce mal. Un peu plus tard, ELLE consultera spécialiste du corps des femmes. Pilules lui seront données pour prévenir ces douleurs, qu'ELLE éprouve parfois, plus diffuses, en flot de ses menstrues jusque là imprévisibles. La science en accusa des excès athlétiques, désormais régulés en hormones chimiques.
Qui provoqua la crise ? Fût-ce triangulation au surplomber du Rhône, quand lui et l'autre se suffisaient, ce dont ELLE répercuta la frustration ? Fût-ce au contraire signe délibéré du fruit de ses entrailles refusant de mûrir, ils n'auront pas d'enfant et se sépareront ?
Fatalité ou jalousie, IL ne sait, IL ne saura pas.
Mais, s'il s'était efforcé de la secourir, maladroit, IL n'avait pas su le faire avec l'onction de douceur qu'ELLE prodiguera quand ils visiteront Londres, début août de l'an III. Peut être dans sa mémoire lui reprochait-elle déjà de n'avoir pas agi la tendresse ce soir.
En tous cas, ELLE ironisa quelque peu, trois jours plus tard, sur le manque de spécialisation de la généraliste nocturne convoquée par ses soins. Cela, pour lui qui se félicitait, puérile fierté, d'avoir quasi sauvé la vie qu'alors IL chérissait, conserve goût d'amertume. Epouse, en tout contraire, sut lui être reconnaissante, lorsque IL l'a soutenue, en fracas de novembre, quand le choc du retour retentit sur son corps, alors qu'elle aurait pu, logique, l'accuser.
Gynécologue vient d'être consulté, il lui faut partir pour la Bretagne. Une semaine s'est écoulée, l'heure des comptes vient de sonner.
IL n'accepte pas bien qu'ELLE traîne ses pieds lorsqu'il suggère, puis exige qu'elle l'accompagne en cette échauffourée.
Comment, à peine établis ensemble, notre vie commune ne couvre pas encore six fois sept jours, déjà tu supporterais séparation, fût ce d'une centaine d'heures ? Devant l'embarras ainsi créé par l'incompréhension, légitime, qu'IL exhale, ELLE fait taire ses réticences. Tous deux progresseront vers l'Ouest.
Peut être alors était ce signal précoce qu'IL n'avait pas perçu. Peut être, plus attentif, aurait-il eu la force morale de reconnaître que ses appréhensions initiales, de l'an I, lui faisant déjà constater l'impossible durée de leurs divergences, étaient bien trop fondées. Peut être, moins soucieux d'immédiat, aurait il accepté qu'il avait eu tort de maintenir sous le boisseau pareil amas d'incertitudes au fil de tant de mois. Peut être aurait il dû mieux écouter la voix lui murmurant, en ces moments de coulpe non battue: Tu vois, ELLE veut dès maintenant se libérer de toi. Même si ce n'est que pour un petit moment, ELLE veut sans attendre s'introvertir et conciliabuler. ELLE a tout pris de toi, agrume racorni. C'est pour cela qu'elle souhaite aujourd'hui explorer derechef le verger tout autour, pour tâter les fruits d'or qui flambent aux saignées de la ramée nouvelle...
Peut être aurait-il pu, mais IL ne le fit pas.
Toujours parcimonieux, ils avaient réservé, en guide touristique, hôtel à petit prix dans la vicinité de la Gare de Lyon. Les contraintes horaires de la Maison Commune et de la SNCF les obligeaient en effet à escale capitale mais tardive pour l'aller, comme à départ au poindre de l'aurore, ceci pour le retour.

La chambre parisienne était à l'image de son prix, mesquine. Comme il ne leur est pas possible, dans cette poignée de mètres, même de tourner en rond, ils ont fait promenade du quartier sans passion ni intérêt, la ville est bien sinistre, la République est sans appel.

 

Dormir était ardu en fournaise de mois d'août. Le sommeil les a pris bien plus tard qu'espéré, le réveil en fut décalé tout autant. Il a même fallu négocier le prix de la soupente avec harpie des clefs, régler d'avance boui-boui pour le retour. Les taxis étaient rares en désert estival, bref ils ont failli se retrouver à quai faute de T.G.V..

 

C'est ELLE alors qui s'inquiétait aux réactions d'Epouse s'IL désertait le rendez-vous par impécuniosité horaire. Lui riait en courant tout au long des wagons, d'un geste IL la soulève quand la rame démarre, ils sont enfin assis en confort électrique.

 

Le voyage fut gai.

 

Elle avait fait emplette, en kiosque hâtif, d’un magazine salace, promettant de dévoiler tous les secrets de l'orgasme féminin. Quand ils l'eurent décrétée clitoridienne plus que vaginale, encore que l’introït bien souvent la transporte, ils se sont penchés sur plus de rareté.

 

En impudeur de sa voix sonnant clair, ELLE relate alors, haussant le ton pour dominer le claquement des aiguillages, les descriptifs offerts. Tous deux contemplent sa poitrine, lorsque le docte article décrit l'extase, presque instantanée, que devrait provoquer l'auto succion des mamelons. Ils rient en constatant que la longueur y manque, peut-être cependant gymnastique cervicale permettrait à la fin attouchement porteur, ils rient encore plus en voyant leurs voisins, jeunes et militaires, s'écarquiller devant leur insouciante complicité.

 

Arrivée à Morlaix, voiture louée attendait, hôtel retenu, cette fois sans pingrerie, les accueille. Heure du déjeuner, tardif mais savoureux. Après midi ils flâneront, tour des côtes environnantes.

 

Au lieu de prendre à gauche, comme IL avait coutume de le faire du temps d'Epouse, ils s'orientent vers l'Est. Avec ELLE ce sont donc parages nouveaux qu'IL découvre et qui les enchantent, d'estivants en calvaires, de coiffes en manécanterie.

 

Lendemain, il lui faut bien se rendre au convoquer d'Epouse.

 

Nous sommes un dimanche. Dans le village où elle campe, une trentaine de kilomètres de là, c'est journée de repos et visites. Fermiers vont aux voisins, retraités aux anciens, boulistes occupent la place, cancanières fréquentent délatrices.

 

Dimanche est à l'ordinaire jour de joie, surtout en période estivale. Les maisons sont à nouveau à moitie occupées, l'air qui semble chaud demeure pourtant frais, le vin amélioré emplit des verres vicinaux et successifs.

 

Dans sa situation, il lui est difficile cependant de penser goûter à nouveau ces plaisirs.

 

IL est devenu renégat sur ses propres terres. Dans le village où l'Epouse naquit, chacun le montrera du doigt, lui qui commit péché d'abandon, pire, de rejet, d'exclusion à l'autre bout du monde, lui qui a même osé s'enfuir, sans avoir eu décence de remettre auparavant les blessés de son fait entre mains familiales.

 

C'est donc courbant l'oreille et se faisant petit qu'IL traverse en grand hâte des chemins trop connus, espérant que la poussière soulevée le dissimulera aux regards de mépris qu'IL ne veut pas affronter.

 

ELLE, bien sûr, ne l'accompagne pas au devant des périls. Ce jour, elle travaillera à l'hôtel sur un document commandité par la Maison Commune, puisque Il l'a obligée à le suivre en Province.

 

IL freine en catastrophe devant sa porte, sa maison. Cet huis, IL l'a acquis bel et bon. Pourtant IL se sent étranger, malhabile, devant le chien qui vient à sa rencontre en trémousser d'espoir. L'Epouse repose sur une chaise longue, à l'ombre du saule chétif dont ils ont eu du mal, quelque dix ans plus tôt, à décider de ne pas le détruire, mais de lui laisser chance de croître, sinon d'embellir.

 

Epouse qui se lève, et qui s'en vient vers lui. Epouse qui lui dit: C'est toi, j'aurais cru que tu aurais davantage changé. Tout en lui en effet demeure à l'identique, les jeans toujours usés et les tennis idem, les cheveux sont trop longs et la barbe un peu folle, décidément il ne s'est guère civilisé en nuits américaines.

 

Mais comme IL est semblable, il n'en ressent que plus l'incongru du moment.

 

Epouse, elle, a changé. Est‑ce volonté de séduire, ou de porter une sorte de demi-deuil, ses cheveux, qu'elle garde très courts depuis bientôt trois lustres, sont maintenant agrémentés de mèches de couleur, brunes et blanches.

 

Ce damier cérébral, parce qu'il lui rappelle tabliers de cuisine qu'arborent les matrones villageoises, soucieuses de montrer ainsi fidélité au foyer, alors que par principe leurs hommes courent et boivent, peu leur chaut qu'ils s'éreintent au champ ou au chantier, elles seules incarnent stable pérennité par le morne devoir, ce damier cérébral, trouve‑t‑il, la vieillit indûment.

 

De même les cernes qui la marquent comme autant de stigmates soulignant le bleu de son regard, et le pas hésitant qu'elle commet vers lui, pour un peu IL culpabiliserait, mais il est bien trop tôt.

 

Ils ne se touchent pas, ils ne savent quoi dire. C'est lui alors qui propose: Entrons.

 

Ils s'asseyent en fraîcheur de la pièce principale, chacun d'un des côtes de la table familiale, comme ils avaient coutume de le faire. La toile cirée n'a pas changé, non plus les bibelots qu'IL accrocha au mur. La chose qu'IL remarque est l'absence de cendrier, lui seul était fumeur impénitent en ces lieux. IL n'ose se lever pour quérir l'ustensile, il n'est que toléré, c'est donc l'Epouse qui se déplace, apporte réceptacle.

 

Enfants sont en vadrouille, ses parents en visite fraternelle, ses sœurs n'arriveront que tard le lendemain, voisins sont effrayés par tant de solitude, IL peut parler sans crainte. Elle, l'épouse, s'est enquise, comme IL l'avait ordonné, des démarches nécessaires. Il leur faut dès demain notaire visiter, rendez-vous a été pris. Ils rédigeront protocole d'accord, y stipuleront comment lui fera vivre ceux qui demeurent sa charge. Séparation légale sera bien plus lointaine, quant au divorce, tu le sais, il n'en est pas question.

 

Comme les yeux de l'Epouse se crispent à ces mots, qu'IL sent le désespoir sourdre en elle à grands flots, et comme il ne veut pas une autre fois s'enfuir en niant les douleurs qu'il aura suscitées, IL s'accroche en bouée à l'acte notarié.

 

Ne pleure pas, cela ne sert de rien, tâchons d'être pratiques, sois raisonnable, tu le peux, je le suis, puisque je suis venu jusqu'à toi sans escorte, cet accord, qu'y mettons-nous, il nous faut du concret.

 

Epouse sèche alors ses yeux déjà rougis, hausse l'épaule en ignorance apathique, on verra bien demain.

 

Non, rétorque‑t‑il, soucieux de conclure. Demain, pas de négociation devant tierce personne, qui ignore tout, de surcroît, des milieux où nous vivons. Protocole sera rédigé ici même, tabellion devra l'acheter chat en poche, femme, plume et papier, que je te le commette.

 

Pendant trois pleines heures, ils ont donc rédigé leur acte de rupture. Paragraphes et codicilles, pension mensuelle et nue propriété, frais médicaux et de scolarité, ils mettaient en lambeaux toute une vie commune.

 

IL a même ajouté, pensant adoucir la peine qui exsudait des soupirs de l'Epouse, n'était-ce pas aussi le remords éprouvé d'action point trop honnête dont IL sentait déjà le manque de plénitude, ou bien préparation du demain inconnu, celui qui surviendra moins de deux mois plus tard, une clause finale annulant les susdites, dès lors qu'ils reprendraient une vie pour leur couple.

 

Lendemain, tabellion a souri à cet enfantillage, mais ne l'a pas biffe. C'est lui qui désormais légitime l'union retrouvée.

 

Comme IL vient d'achever son pensum juridique, il accepte un verre pour la route, et s'en va retrouver l'autre, celle dont IL sait d'avance qu'ELLE s'est impatientée. Fille aînée ni Fille cadette n'ont encore rejoint le logis, d'ailleurs ils n'en ont pas parlé, si ce n'est sous couvert de quotités saisissables.

 

C'est un peu soulagé qu'IL regagne Morlaix. ELLE, morose, l'attend et se désœuvre. IL veut la dérider par la recherche d'une fête champêtre qui devrait se tenir dans les parages proches. La quête nocturne cependant reste vaine, ce dimanche de l'août était jour maigre pour les gavottes d'Armor.

 

Les voici donc couchés, inappétence boudeuse, chacun se concentrant sur l'ouvrage empoché à Genève, en quête inaugurale de soirées bourgeoisie.

 

IL lit, croit‑il, Déon. ELLE, d'un oeil distrait, savoure du Dickens, à moins que ce ne soit la pièce que déjà elle prépare, où IL témoignera en Pâques, tardives, de l'an III. Il ne sait trop pourquoi, mais sa mémoire rebelle, le prénom même lui échappe, ce Miller, est‑il Arthur ou bien Henry ?

 

Ils sont allongés mais distants, et cela l'incommode. Lui, il aurait aimé débattre les émotions ressenties en retrouver d'Epouse, puiser à ses côtes confiance pour la suite, conforter entre ses bras d'amour la force d'aimer ailleurs.

 

Sa Vénus cependant prépare une autre étreinte.

 

Comme IL ne sait que dire, que silence lui pèse, il évoque à mi-mots les obstacles restant à franchir. Rendez‑vous pris vers les dix heures en office notarial, cela les mènera au moins vers déjeuner. Le tantôt, IL rencontrera l'Aînée et la Cadette, ce n'est qu'au jour tombant qu'ils se retrouveront.

 

ELLE frémit alors à ces inconséquences. C'est en voix d'amertume, pas même de colère, qu'ELLE avance ses pions.

 

Comment, IL l'extirpa du labeur genevois, lui faisant miroiter tant de délices bretons, mais le bilan est clair, IL n'est ici que pour Epouse et famille. ELLE, solitaire, ne décore pas même les lieux à ses côtes, puisque aussi en repas c'est l'autre qu'IL convie, rien ne sert de le nier, tu viens de me l'avouer!, y compris demain soir, je risque solitude. Décidément, décidément, j'avais tort de venir, s'il n'était pas si tard, je rentrerais ce soir.

 

La véhémence molle qu'ainsi ELLE expectore le choque au plus profond de son amour pour elle, cet amour qu'IL maintient comme flamme vacillante, dans la cage fragile où il l'a vu nicher.

 

Mais IL prendra sur lui de ranimer les feux. Ce soir, IL saura inventer les mots qui adoucissent. Il lui expliquera, et sa voix tremble un peu, comme sont difficiles les pas à accomplir. Puis IL lui décrira trop plein d'émotionnel, les gens et les personnes, le chien et le jardin, le dolmen, les brebis.

 

IL lui dira enfin pourquoi elle est ici, décrira le besoin, intense, de sa présence, car lui n'a d'autre fois que foi de charbonnier, ou bien de Saint Thomas, si ELLE le souhaite plus raffiné, bref il lui faut toucher, il lui faut étreindre pour continuer à croire, dans ces moments de crise où tout se joue, IL ne pouvait un instant penser lutter sans ELLE contre lui-même, IL voulait son support, voilà qu'ELLE se dérobe, il en souffre.

 

Elle a réalisé l'impair ainsi commis, balbutié des excuses en se croquevillant au creux de son épaule. Ses rancœurs, lui dit‑elle, sont teintées d'inquiétude, car ELLE aussi, qu'IL le croie, ELLE aussi a tant peur de le perdre, qu'elle en agit en maladresse.

 

IL la croit. Les lattes du sommier peuvent enfin vibrer. Mais l'alerte fut chaude. C'était premier accroc aux linges de leur vie.

 

Lendemain, dans la hâte nerveuse d'accomplir au plus vite les actes du formel de sa résurrection, il était convenu qu'Epouse serait véhiculée par ses soins vers le porteur des sceaux, IL manque une bifurcation urbaine dans Morlaix qui s'étire.

 

Il se trouve bientôt errant par les chemins. De village en lieu‑dit, c'est peu prétendre qu'IL hésite. En fait, il encercle son point de départ, en ronds désespérant d'indications absentes. Voiture de louage n'inclut pas carte routière, et les noms qu'IL avance, lorsqu'il s'enquiert à chaque carrefour, n'éveillent nul écho autochtone.

 

IL croise enfin cabine téléphonique, une de celles qui s'abreuvent encore de pièces. Jadis IL a maudit cet archaïsme breton, lorsqu'ELLE, en amante soucieuse de garder le contact, l'avait muni de carte magnétique pour la pouvoir rejoindre. IL ne put du tout, faute de fente idoine, utiliser le gadget tout au long de la quinzaine de Pâques de l'an I.

 

IL demeura alors silencieux deux semaines, faute d'avoir en poche mitraille à suffisance quand il avait loisir d'appel à discrétion. Il est vrai que ces jours de naguère, IL ne pouvait la contacter qu'en la Maison Commune, mari siégeait encore. ELLE ne savait donc, lorsque lui l'appelait, contacter en retour à tel numéro public, stratagème dont ils usèrent par contre à satiété au courant de l'été de l'an III.

 

Ce fut donc presque fâcherie, quand ils se retrouvèrent quatorze mois plus tôt. Aujourd'hui, heureusement, l'appel n'est que local, une pièce a suffi pour qu'Epouse, déjà angoissée par le retard, réponde et réoriente ses roues trop égarées. Elle avisera le notaire des délais de route. Tout de même qu'il se hâte, l'attente se transporte en bord de chemin creux, nous gagnerons en temps, sinon en discrétion.

 

D'un coup de frein rageur, IL embarque l'Epouse. D'une heure est le retard qu'ils affichent au cadran goguenard d'un scribe pontifiant. Leur pensum de la veille pourtant économise, à peine quelques ratures et l'acte est paraphé. La non‑innovation s'achète cependant, auprès des gens de plume, au tarif immuable des actes originaux.

 

Midi sonne. Epouse et lui se trouvent devant choix immédiat.

 

IL pourrait aisément la ramener chez eux, chez elle désormais, il vient de faire cession des murs et dépendances. IL se ruerait alors tout droit vers l'avenir, à la rencontre d'ELLE, peut-être encore à Morlaix, peut-être déjà à Roscoff, les bords de mer devaient ce jour égayer sa solitude.

 

Alors IL avalerait la trentaine de kilomètres en poignée de minutes, puis dilapiderait toute l'après-midi en quête américaine sur les quais et la jetée, devant le calvaire ou bien face au jubé, enfin IL la retrouverait contemplant des viviers où ELLE comparerait son sort à la langouste, celle-là au moins peut souffler en marée, moi je suis en étiage sous le gris du ciel bleu. Comme ELLE se rendrait compte des bras sur ses épaules, tout en se retournant sa gorge frémirait d'un Oh! de grand bonheur surpris. Ils seraient plénitude à nouveau, en retrouvailles de hasard délibéré.

 

IL aurait pu cela, mais il n'y pensa pas même un seul instant.

 

Au contraire, IL propose à l'Epouse repas de voisinage, un restaurant au bord de l'Aulne qu'ensemble ils avaient découvert il n'y a pas si longtemps. Et les voilà partis à deviser tous deux. Epouse s'étonnera du franc de leur parler, si simple et naturel qu'à les écouter nul ne pourrait douter qu'il s'agit là d'un couple.

 

Sortir de restaurant se fait vers les trois heures. Petit cheminement les ramène au logis. Il se doit alors d'attendre un peu, Fille Cadette et Fille Aînée, prévenues du passage, ne tarderont plus guère.

 

C'est donc premier contact du père indigne avec progéniture, depuis le lâche abandon de la mi-juin passée.

 

L'accueil est neutre, banal, comme si ces enfants, peut-on encore parler ainsi devant de telles pousses, IL avait presque oublié l'aune de leur croissance, Aînée a passé dix-sept ans et le bac, Cadette a triomphé de la quatrième et toise le teen age, n'avaient en rien noté son absence prolongée, ni les motifs derrière.

 

Père précautionneux, IL avait rapporté de lointaine Amérique présents pour les donzelles.

 

Fille Aînée se voit gratifiée d'un manège Disney qu'avec ELLE IL avait exhumé de Manhattan. Délice d'une mièvrerie désuète dont, il l'espère, le romantisme saura parler au cœur de la blonde aux yeux verts (bleus, diraient d'autres, mais qu'importe, en breton les deux couleurs se confondent, tels le ciel et la mer).

 

Quant à Fille Cadette, sa pétulance brune hérite d'un lecteur ambulatoire de disques dits compacts, nouveauté incroyable, à tout le moins pour lui, que la néopubère accepte avec plaisir, puisqu'il lui vient accompagné de deux rondelles sonores. Baladeur fut acheté en souterrain de Gare centrale. IL avait alors oublié de le pourvoir d'écouteurs. C'est ELLE, en prodigalité, qui a fourni les siens, pour que le cadeau devienne opérationnel. IL devait lui en rembourser le prix lors de leur première rencontre de l'an III, c'était une des conditions, sarcastiques, de leur rabibochage. L'émotion du retour cependant fut trop forte pour qu'IL pense à s'acquitter, il reste donc en dette.

 

Enfin, parachevant sa reconquête d'estime, IL partage entre deux les centaines de francs indûment détournés par Epouse, dans l'appropriation sauvage qu'elle fit, en retour genevois, de moitié des avoirs en banques helvétiques, les comptes de la veille ont révélé le trop perçu.

 

Juste et généreux, il lui est facile désormais de proposer sortie aux fruits de son mariage.

 

Les deux jeunes acceptent. L'absence de tergiversation représente, IL le sait d'expérience, pour semblable proposition l'équivalent d'un enthousiaste oui. Encadré d'adolescentes, IL se sépare donc de leur mère. Epouse, promis, sera revue d'ici une semaine, prétexte avancé sera possession d'actes notariés, motivation sera adieux avant son grand retour, avant leur grand départ.

 

Sur le seuil, Epouse renifle un peu. Les yeux, semble‑t‑il, lui piquent. Car il avait suffi de ces quelques heures pour qu'une sorte d'habitude les étreigne à nouveau. Le fil est trop fragile encore cependant pour qu'un tissé le retienne.

 

IL se méfie des pièges et de ses sentiments. Il pressent sa faiblesse. Aussi demeure‑t‑il vigilant, parvient à décliner en instinct de sauvegarde l'offre par trop naïve de loger en maison lors de son second passage. Il ne répond que par un grognement ininterprétable à l'interrogation d'Epouse voyant partir ses filles: Tu ne vas tout de même pas les présenter à ELLE ? Vite, IL met en route, les voici sur orbite.

 

Première étape fut très courte. Dès le prochain village, au prétexte de soif, IL débarque son monde en un estaminet, un de ces cafés‑tabacs‑épiceries qui peuplent encore le désert rural du Finistère. Il connaît bien les lieux, car c'est de là, souvent, qu'IL écrivait pour ELLE des lettres enflammées tout au long des vacances de l'an I.

 

Et c'est de là aussi qu'IL s'efforcera, en final d'août, l'an III, de ranimer l'espoir en eux perdu après sa dérobade post‑londonienne. IL s'agitait en vain, mais dans sa présomption il ignorait toujours, ou voulait ignorer, que le clonage mûrissait, Frédéric s'immisçait en fièvre de son ventre.

 

Le trio attablé, Perrier, Coca, Panache, IL expose ses plans. Morlaix, il s'en est assuré, offre couscous‑plat du jour en un restaurant calme, proche de son hôtel. Si Filles le souhaitent, seulement si elles le souhaitent, il lui sera possible d'organiser ce soir présentations réciproques.

 

Fille Aînée n'a rien contre, Fille Cadette le veut. A son âge sans doute est‑on soucieux de constater, par la beauté de l'être séduit, qu'en somme les parents ne sont pas tout à fait aussi flétris du quotidien que l'on pourrait accroire.

 

C'est dit, IL appelle. ELLE répond. Ils se retrouveront d'ici quelques minutes, à l'hôtel.

 

Lorsqu'ils arrivent, ELLE attendait en chambre leur signal. Tandis que Fille Aînée, songeuse, s'installe dans le hall, Fille Cadette se rue à l'assaut des étages pour être la première à gagner le repaire.

 

Utilisant sagement l'ascenseur, IL atteint à son tour la porte morlaisienne. Les deux sont bavardage. Le présage est de bon aloi, IL a eu bien raison de forcer la rencontre.

 

Les voici donc quatre à table. La conversation, sans être tout à fait générale, s'avère raisonnablement croisée. Certes, il est encore des contextes qu'ELLE ignore, qui nourrissent les soucis d'adolescentes désireuses de transmettre en quelques quarts d'heure les avatars de leur vie campagnarde, les noms des villages, des bandes, des familles l'étourdissent un peu.

 

Ensemble ils sont, pourtant, chacun pour soi, heureux à l'initiale d'une cohabitation qui s'annonce sereine. L'avenir désormais porte nom et visage, il affiche un accent et une voix, l'angélique des traits ne se rapproche guère de la harpie sur la muraille, dépeinte par l'Epouse à ses filles.

Le dernier grain de semoule fut patiemment trié. Aucun pois chiche ne survécut. La boukha lui réchauffa les entrailles.

 

Il faudra maintenant ramener au bercail celles dont, par la magie d'un interlude de deux mois, IL vient de découvrir à nouveau les qualités, l'affection qu'elles lui portent et l'amour qu'il éprouve à leur endroit.

 

IL insiste pour qu'ELLE l'accompagne dans ce rapatriement. Rencontre malencontreuse d'ailleurs n'est pas à craindre, puisqu'à peine embarquées Filles fixent le lieu pour leur accostage nocturne.

 

Aînée s'engouffrera en café vicinal, où sa cour, comme chaque soir, l'espère. Cadette, un peu plus loin, rejoindra la bande éphémère que la rentrée des classes bientôt va disloquer. Chacune à travers champs gagnera la maison, avant minuit, promis, à la semaine prochaine ...

 

Lui et ELLE, libérés, se regardent.

 

Ils joignent enfin leurs lèvres, enfin leurs mains sont chaudes et ses cuisses s’entrouvrent. Pudeur, peur de choquer, désir de plaire les avaient retenus l'un de l'autre au long de la soirée. A peine osa‑t‑il l'enlacer à moitié en quittant la taverne, encore avait il fallu qu'ELLE prît l'initiative.

 

Maintenant cependant plus rien ne les retient. Ils n'ont plus à prouver à des yeux sourcilleux, rigorisme juvénile, qu'ils sont gens civilisés, raisonnables, des adultes en somme, dignes d'être parents.

 

Pour lui, qui appréhendait cette rencontre, l'heure est soulagement. IL craignait en effet la morne indifférence et les muets reproches que sait parfois distiller Fille Aînée. IL craignait tout autant de possibles éclats de Fille Cadette, dont le nom chinois, idéogrammes signifiant cheval électrique, ne doit rien au hasard.

 

Mais le temps avait passé, depuis sa fugue clandestine de juin, lorsque Fille Cadette, dans la solennité de ses presque treize ans, avait juré, avait hurlé ne plus jamais vouloir le rencontrer, parricide moral rapporté par l'Epouse lors de leur bref contact téléphonique de l'autre jour.

 

Quant à Fille Aînée, informée bien après de son irréparable, nul ne voulait perturber sa quiétude en examens cruciaux, ELLE n'avait rien dit, mais son silence, souvent, pèse lourd.

 

Tout, cependant, baigna. Sans doute les rouages encrassés de la poussière des tempêtes pékinoises s'étaient ils lubrifiés au baume de l'absence, comme au calme estival des landes de Bretagne.

 

(suite …)